Irrespirable

ça y est, je craque!
j'en ai marre de marcher, de chercher ma route, ras le bol de me retrouver écrasée dans des rames de métro qui arrivent toutes les 40 minutes (je les soupçonne de rester embusquées 20 m avant l'entrée des stations), plein le cul de me creuser les méninges pour trouver l'itinéraire idéal du jour (ou plutôt le moins pourri), etc.
Je ne prétends pas faire preuve d'imagination en écrivant ça, mais que voulez-vous, ça fait du bien et ça m'aide à faire passer ma crampe au mollet droit.
Enfin, ce que je viens d'écrire c'était plutôt mon état d'esprit de 7h10, ce matin.
Parce que à partir de 7h11 je me suis sentie come une moins que rien à me lamenter sur mon sort de citadine à l'abri de tout ou presque.
La raison? une info qui m'a glacée, entendue à la radio.
Un radio reportage dans une petite ville, un gros bourg même, planté quelquepart au milieu du calvados, en Basse-Normandie, ma région d'origine.
Le reportage m'apprend que dans ce bled perdu de 6000 habitants, l'amiante a fait 3000 morts au cours des 20 dernières années.
L'explication se trouve dans la présence de nombreuses entreprises recourant à ce produit de mort dès le début du 20ème siècle (équipementiers auto, manufactures, etc.).
Chaque famille du coin a profité dans un premier temps de cette manne : le père, parfois la mère, puis les enfants, ont été embauchés par une industrie qui proposait des salaires largement supérieure à la moyenne. Pourquoi refuser, surtout qu'on ne savait rien du désastre qui s'annonçait ni des risques.
Enfin, ça c'était au début parce que très vite les morts suspectes ont commencé à se mutiplier.
Dès 1906, un médecin du coin s'est ému, et a incriminé l'amiante, sans parvenir à prouver le bien-fondé de sa théorie.
Et puis progressivement, le monde entier a mesuré l'ampleur de problème et a alerté l'opinion sur la dangerosité de ce produit planqué partout, dans les objets de la vie courante, les locaux, les usines..
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En 1977 L'OMS a déclaré l'amiante produit hautement cancérigène.
On va dire que l'Etat français a tardé à réagir et on aura raison. Mais moi, une question me tarraude depuis ce matin 7h11 :
Ils étaient où les syndicats pendant ce temps-là?La semaine dernière on a enterré une victime de l'amiante par jour à Condé-sur-Noireau.
J'espère au moins que les familles ont pu se réunir, en dépit des grèves.
Peut-être que demain je vais devoir marcher, mais franchement, je m'en fous.
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