On the road
Comme tout un chacun je présume, un rêve m'a obsédée lorsque j'étais enfant, vers l'âge de 10 ans pour être plus précise. Toutes les nuits ou presque se répétait le même scénario dans mon esprit tourmenté : le monde s'était intégralement vidé de ses habitants, humains et animaux définitivement rayés de la carte, à une exception près.
Moi.
Et toutes les nuits me replongeaient dans la même sensation d'abandon, dans cette angoisse de savoir que le plus déchirant des cris ou le plus étouffé des sanglots ne toucheraient plus personne. Au-delà de ces considérations sentimentales, je me souviens très bien que je tentais de survivre par tous les moyens, en particulier en m'introduisant dans les supermarchés, hangars glacials plongés dans un silence assourdissant. Quel gamin n'a pas rêvé de se laisser enfermer une nuit dans un grand magasin pour pouvoir y faire tout ce qui lui passe par la tête? En l'occurence, passé le plaisir de jouer avec tout ce qui me tombait sous la main je me souviens très bien de mon souci permanent de trouver de la nourriture qui soit encore comestible. En particulier je scrutais les dates limites de consommation des boîtes de conserves, angoissée à l'idée que bientôt ces dates seraient derrière moi. Que me resterait-il alors pour vivre?
Comme vous le voyez à 10 ans mes angoisses et les réflexions qui en découlaient étaient assez limitées, mais malgré tout marquantes, puisque 20 ans après elles sommeillent toujours en moi.
En ouvrant "La route" de Cormac McCarthy j'ai eu la sensation vertigineuse de retrouver ce rêve, raconté par un autre.
Certes, je n'étais plus le personnage principal, mais l'identification au héros et à son fils s'est faite immédiatement, tant le propos a raisonné en moi.
L'histoire tient en peu de choses : pour une raison qui ne nous est pas donnée, la terre a été ravagée, incendiée, vidée de la plupart de ses habitants. Le froid s'est abattu et menace ce qui reste de vie. Un homme et son jeune fils se retrouvent sur la route, fuyant vers le sud pour tenter d'échapper aux intempéries et à la mort.
Ce livre a reçu le prix Pulitzer (remis en d'autres temps à Hemingway, Steinbeck, Kennedy Toole ou Toni Morrison...) et je comprends maintenant pourquoi.
Dépouillé, limpide, il décrit l'humanité dans ce qu'elle a de plus fragile et touche du doigt ses limites. La force du livre c'est que chacun peut se retrouver dans ces deux personnages, "l'homme" et "le petit", dont tout ce qui reste de leur vie est entassé dans un caddie brinquebalant qu'ils poussent sur des routes d'Amérique livrées à la horde des survivants, luttant tous les deux pour ne pas renier leur humanité (vous n'oublierez pas cette supplique du petit garçon à son père "on ne mangera personne, nous papa?".
La question qui hante le livre est : à quoi bon vivre quand on sait qu'il n'y a plus d'avenir?
Le héros s'accroche, lutte, multiplie les ruses et stratagèmes pour se maintenir en vie et surtout protéger son fils. La mère de l'enfant a préféré perdre la vie que d'attendre une mort inéluctable. Lui a décidé de se battre, poussé par une force insensée : l'espoir.
Ce livre est sombre, grave, mais surtout profondément humain. Derrière chaque démonstration de barbarie se cache une lueur de compassion, la flamme vacillante d'un espoir ténu que demain peut-être les choses iront mieux.
Le rythme de l'histoire est particulièrement efficace, alternant réflexions angoissées sur les contingences matérielles inhérentes à la condition de survivant (et l'on relèvera pour l'anecdote que le héros examine avec angoisse les dates de péremption des quelques boîtes de conserve qu'il découvre au milieu des ruines...) et les questions philosophiques suscitées par le chaos ambiant.
Je vous invite chaleureusement à découvrir ce grand livre, qui vient de trouver une place de choix dans ma bibliothèque, et je vous laisse parce que j'ai quelques courses à faire, au cas où...
Moi.
Et toutes les nuits me replongeaient dans la même sensation d'abandon, dans cette angoisse de savoir que le plus déchirant des cris ou le plus étouffé des sanglots ne toucheraient plus personne. Au-delà de ces considérations sentimentales, je me souviens très bien que je tentais de survivre par tous les moyens, en particulier en m'introduisant dans les supermarchés, hangars glacials plongés dans un silence assourdissant. Quel gamin n'a pas rêvé de se laisser enfermer une nuit dans un grand magasin pour pouvoir y faire tout ce qui lui passe par la tête? En l'occurence, passé le plaisir de jouer avec tout ce qui me tombait sous la main je me souviens très bien de mon souci permanent de trouver de la nourriture qui soit encore comestible. En particulier je scrutais les dates limites de consommation des boîtes de conserves, angoissée à l'idée que bientôt ces dates seraient derrière moi. Que me resterait-il alors pour vivre?
Comme vous le voyez à 10 ans mes angoisses et les réflexions qui en découlaient étaient assez limitées, mais malgré tout marquantes, puisque 20 ans après elles sommeillent toujours en moi.
En ouvrant "La route" de Cormac McCarthy j'ai eu la sensation vertigineuse de retrouver ce rêve, raconté par un autre.Certes, je n'étais plus le personnage principal, mais l'identification au héros et à son fils s'est faite immédiatement, tant le propos a raisonné en moi.
L'histoire tient en peu de choses : pour une raison qui ne nous est pas donnée, la terre a été ravagée, incendiée, vidée de la plupart de ses habitants. Le froid s'est abattu et menace ce qui reste de vie. Un homme et son jeune fils se retrouvent sur la route, fuyant vers le sud pour tenter d'échapper aux intempéries et à la mort.
Ce livre a reçu le prix Pulitzer (remis en d'autres temps à Hemingway, Steinbeck, Kennedy Toole ou Toni Morrison...) et je comprends maintenant pourquoi.
Dépouillé, limpide, il décrit l'humanité dans ce qu'elle a de plus fragile et touche du doigt ses limites. La force du livre c'est que chacun peut se retrouver dans ces deux personnages, "l'homme" et "le petit", dont tout ce qui reste de leur vie est entassé dans un caddie brinquebalant qu'ils poussent sur des routes d'Amérique livrées à la horde des survivants, luttant tous les deux pour ne pas renier leur humanité (vous n'oublierez pas cette supplique du petit garçon à son père "on ne mangera personne, nous papa?".
La question qui hante le livre est : à quoi bon vivre quand on sait qu'il n'y a plus d'avenir?
Le héros s'accroche, lutte, multiplie les ruses et stratagèmes pour se maintenir en vie et surtout protéger son fils. La mère de l'enfant a préféré perdre la vie que d'attendre une mort inéluctable. Lui a décidé de se battre, poussé par une force insensée : l'espoir.
Ce livre est sombre, grave, mais surtout profondément humain. Derrière chaque démonstration de barbarie se cache une lueur de compassion, la flamme vacillante d'un espoir ténu que demain peut-être les choses iront mieux.
Le rythme de l'histoire est particulièrement efficace, alternant réflexions angoissées sur les contingences matérielles inhérentes à la condition de survivant (et l'on relèvera pour l'anecdote que le héros examine avec angoisse les dates de péremption des quelques boîtes de conserve qu'il découvre au milieu des ruines...) et les questions philosophiques suscitées par le chaos ambiant.
Je vous invite chaleureusement à découvrir ce grand livre, qui vient de trouver une place de choix dans ma bibliothèque, et je vous laisse parce que j'ai quelques courses à faire, au cas où...
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