simplement volontaire(s)

Publié le par Val

Merci au Crapahuteur et à Fred de m'avoir permis, au travers de leurs commentaires éclairés sur mon article précédent, de découvrir le concept de simplicité volontaire.
La simplicité volontaire c'est un peu comme la prose de monsieur Jourdan : on peut en en faire sans forcément s'en rendre compte! Pour un développement complet sur le Késako de cette idée, je vous renvoie au lien que j'ai inséré.
Dans les grandes lignes, je dirais que lorsque vous n'en pouvez plus d'acheter des choses dont vous réalisez qu'elles ne vous apportent rien, sinon un déballonnement immédiat de votre portefeuille, quand vous décidez de ne plus  vous laissez envoûter par les sirènes tentatrices de l'hyper-consommation, quand vous vous sentez prêt à gagner moins pour profiter plus et vivre mieux, alors vous êtes sur la voie de la simplicité volontaire.
C'est un truc très personnel, une sorte de déclic au fond de votre cerveau, quelquechose de puissant qui vous pousse à examiner de manière impitoyable votre attitude de consommateur mais aussi de citoyen voire plus généralement d'être humain acteur d'un éco-système fragile dans lequel chacun est responsable de ses actes.
Mais attention : pour que la démarche soit sincère il ne faut pas qu'il y ait chez "le simple" un quelconque sentiment de privation, mais bien une satisfaction à vivre différemment.
La nuance est d'importance...
Je me rends compte en y réfléchissant que cette idée de "reprendre la main" sur ma vie, en m'éloignant des diktats de notre époque (achète plus pour vivre mieux, travaille plus pour gagner plus et acheter plus et donc...) m'est apparue très clairement à un moment de ma vie où je me suis volontairement privée de tout le superflu pour ne m'octroyer que le nécessaire.
C'était en 2004 et 2005, quand j'ai, en deux fois, rallié à pieds Saint-Jacques de Compostelle depuis Saint-Jean-Pied-de-Port, dans les Pyrénées (un premier périple de deux semaines, puis un deuxième de trois semaines).
Lorsque vous devez porter sur votre dos toutes vos affaires, ce n'est pas une philosophie bien pensante qui vous pousse à alléger au maximum votre sac. C'est le bon sens! Vous vous rendez compte que 5 paires de chaussettes sont inutiles, qu'une gourde en plastique souple est peut-être moins jolie qu'une brillante en alu mais tellement plus pratique, qu'un petit savon de Marseille pèse trois fois moins lourd qu'une bouteille de gel douche, etc.
Je n'arriverai jamais à décrire complètement le bonheur que j'ai connu pendant ces deux voyages. Ce que je sais c'est qu'une grande partie de l'enchantement venait justement de ce dépouillement. Ajoutez à cela la vulnérabilité de votre condition de marcheur et la lenteur du déplacement (30 km par jour, quand vous parcourez la même distance en 20 minutes avec votre voiture) et vous comprendrez peut-être pourquoi depuis quelquechose "me travaille". Sans parler des rapports humains extraordinaires qui se créent sur le chemin, et qui vous font penser que tout n'est pas perdu.
J'ai toujours sur ma table de nuit ma "compostella", le diplôme que l'on remet au pélerin qui atteint Compostelle. Le mien est la version "athée" (l'église espagnole est peut-être plus ouverte que d'autres!), car nombreux sont ceux qui se trouve sur le "Camino" mus par d'autres forces que la foi. Les motifs sont innombrables mais on rencontre souvent des gens qui, comme moi à l'époque, ont une irrésistible envie de se mettre à l'épreuve d'une vie différente, dont les principes sont à l'opposé de ceux qui régissent nos vies modernes.
Ce que la marche vous donne, c'est le temps de penser. C'est inouï ce que vous pouvez cogiter en posant un pied devant l'autre pendant des jours. Vous pensez à vos proches, à ceux qui sont partis, à ce que vous avez envie de manger, à votre boulot, à votre santé, à Dieu, que sais-je encore...Et ce n'est pas le Crapahuteur qui me démentira!
C'est en marchant que mon projet de librairie est apparu comme une évidence, et non plus comme un regret.

Le mener à bien impliquera de la patience, de l'organisation, et sans doute de renoncer à quelques extras que je m'autorisais jusqu'alors.
Ma moitié a tout d'abord été effrayée par mon projet : je la soupçonne d'avoir secrètement espéré que j'y renonce et que je me décide enfin à me contenter de ce qui m'était donné (et qui est beaucoup, je ne le nie pas). Oui mais voilà. Elle a appris à connaître ma détermination et a du se faire une raison : un jour ou l'autre j'irai au bout.
Après une longue période de digestion (le temps pour elle de nous imaginer vivant de chataignes grillées dans une caravane pourrie en bord d'autoroute), ma Douce a accepté l'idée. Ou plutôt les idées : déménager en province, ne pas forcément acheter un appart' beaucoup plus grand, ne pas forcément avoir deux voitures quand elle aura le permis, changer de boulot, gagner moins d'argent une fois que je me serai lancée dans ma nouvelle vie (pas tout de suite, ne crie pas!) mais sans doute en dépenser moins, plus intelligemment.

Elle est chouette ma femme.
Elle n'a pas fait Compostelle mais elle a fait toute seule son chemin intérieur. Elle a surmonté sa trouille du manque, sa crainte du "et si...", ses angoisses vis-à-vis de l'avenir de sa fille.
Elle est simplement volontaire, pour me suivre, même là où elle n'aurait jamais pensé aller...
Publicité

Publié dans par la fenêtre

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
tu as fait le chemin de compostelle et tu vas déménager !<br /> Comme je n'ai pas à déménager alors je vais faire le chemin. Quand je ne sais pas... bientôt. C'est sur la liste des choses à faire non négociable.<br /> Et aller en Bretagne !...
Répondre
V
<br /> Je vais déménager quand j'aurais un poste, hein. Je commence à préparer le terrain!<br /> Tu viendras en Bretagne chez nous si tu veux et on pourra parler de Compostelle pendant des heures!<br /> <br /> <br />
K
Tiens ? Une petite rediffusion des "nouvelles tribus" ? ;-)<br /> J'adhère assez à ce concept, mais pas forcément dans le sens de ma recherche intérieure... plus du côté de la consommation excessive. J'aime la simplicité... déco, fringues, style de vie. Et j'ai même pas d'appareil photo sur mon portable !
Répondre
V
<br /> Pas une redif', une version soft!<br /> je ne crois pas aux tribus, mais à des démarches individuelles "mesurées" qui, mises bout à bout, feront peut-être un jour des grandes rivières.<br /> <br /> <br />
M
j'ai connu cette simplicité 'jeune' dans les Alpes, le GR20(Kallisté) je l'ai oubliée pendant des années bistrot/boulot/resto/boulot/boulot... et je l'ai retrouvée avec un déménagement (retour aux sources), un bambino et une vielle baraque plein de travaux à faire mais à 2 pas de mon paradis de contemplation, un rien à 2 pas de chez moi où je m'évade pour écouter le silence. <br /> volontairement simple, comme un fait exprès inéluctable.<br /> cesser de lutter.
Répondre
V
<br /> La contemplation...j'adore ce mot, j'adore cette idée.<br /> <br /> <br />
E
J'allais oublier deux choses (quand y en a plus...):<br /> - Très intéressante, l'idée de simplicité volontaire. J'aime beaucoup. Merci!<br /> - "Il ne sert de rien à l’homme de gagner la Lune s’il vient à perdre la Terre."<br /> [François Mauriac]
Répondre
E
Alors je me permets d'attraper la balle.<br /> <br /> Fred> Je ne dis pas que je suis contre toutes les actions des Casseurs de Pub; d'ailleurs, si j'ai un jour acheter leur journal, c'est justement parce que leurs idées a priori m'intéressaient. <br /> Ce journal acheté il y a quelques années, je l'ai encore, et je ne le trouve pas du tout satirique, mais bel et bien prônant des idées excessives (mais je ne dis pas qu'elles le sont toutes ou qu'elles sont toutes mauvaises! D'ailleurs, ce n'est que mon opinion, et elle vaut ce qu'elle vaut).<br /> Et le problème, c'est que je ne crois pas que l'excès soit le meilleurs moyen de convaincre qui que ce soit; bien au contraire, ça fait peur, ça fait fuir, ça donne une mauvaise image. Or ce n'est pas avec une petite poignée de personnes qui n'ont pas de frigo qu'on va faire avancer quoi que ce soit. <br /> Il me semble beaucoup plus efficace, pour reprendre mon exemple précédent, d'informer les gens sur la débilisation de la télévision dans son ensemble, leur dire qu'ils peuvent faire jouer leur libre-arbitre et ne pas tout avaler net, éduquer les enfants à réfléchir à ce qu'ils voient et ne pas rester bouche bée devant, que d'asséner comme une vérité non susceptible de débat qu'il y a un choix à faire entre "la télé ou la planète". Devine ce qu'ils vont choisir...<br /> Tiens, peut-être que je le rachèterai quand je tomberais dessus la prochaine fois, pour voir leur évolution. Mais leur site me pousse à penser que cela n'a guère changé.<br /> <br /> Extrêmistes, je persiste et signe, même si le mot peut paraître fort. Attention aux dérives, c'est surtout ça que je crains...
Répondre
V
<br /> Bel échange!<br /> Comme je l'ai lu dans différents articles, la démarche est intéressante si elle n'est synonyme de frustration et de privation. Autrement dit, mais je peux me tromper, en partant de notre manière de<br /> vivre, il faut apprendre à se passer du superflu, voire même parfois de l'inutile, petit à petit. Ce sont les paliers qui permettent de mesurer les progrés. Comme toi je doute qu'une démarche<br /> radicale soit efficace.<br /> Chacun son rythme!<br /> <br /> <br />