Mardi 1 juillet 2008
Autour de la Maison Blanche il s'en passe de belles.

Je ne vous parle pas des lâchers de putes dans le jardin, tradition solidement ancrée depuis le passage du flamboyant JFK dans le bureau ovale. Ni de la manière très particulière du vieux Bill d'allumer ses cigares.
Non, je vous parle de la vraie vie de la capitale-Etat, cette curiosité institutionnelle habitée à 80% par des noirs plus fauchés qu'un champ de blé en juillet, coincés entre un taux de chômage qui s'affole et une délinquance qui ferait passer New-York pour Disneyland.
Et qui de mieux placé qu'un habitant du cru, un gars du pays, aussi amoureux de sa ville qu'impitoyable dans sa manière de la décrire, pour nous montrer la réalité des choses au travers de la fiction?
Depuis bientôt 15 ans, Georges Pelecanos est le médecin légiste de Washington : il  expose au lecteur sa ville à nu, sur l'acier froid de sa table d'autopsie, les tripes bien en évidence sous une lampe aveuglante. Il ne s'embarrasse pas d'artifices pour vous la rendre plus agréable à l'oeil, sa ville : le garçon n'a pas pris cosmétique en option à l'université,  c'est une certitude.
Dans Funky guns on retrouve des personnages récurrents de l'auteur, en particulier Nick Stefanos, descendant d'immigrés grecs, qui figurait déjà dans ses tous premiers livres, ou Dimitri Karras qui a fait son apparition dans King Suckerman, dont l'action se situait des les années 70.
Ne cherchez pas un scénario bétonné avec intrigue tarabiscotée et dénouement génial à la sauce Henning Mankell, ou vous serez déçu.
Pelecanos est un instinctif, il écrit sans connaître la fin de son histoire, et s'attarde avant tout sur la psychologie de ses personnages.

Funky Guns débute comme une très mauvaise journée : Franck et Richard Farrow, petites frappes sans peur et sans principes décident de braquer, avec l'aide d'un complice, une pizzeria qui sert de couverture à un obscur business illégal. Le braquage tourne mal et vire au carnage : tous les occupants du restaurant se font dessouder, Richard est abattu par un flic qui perdra l'usage de ses jambes à l'issue de la fusillade et un gosse de 5 ans se fera renverser par Franck, debout sur l'accélérateur de sa Ford Torino pour semer la flicaille qui cherche à le coffrer.
L'enfant de 5 ans est celui de Dimitri Karras, évoqué plus haut.
La trame du livre repose sur la quête de Karras décidé, après de longs mois de dépression, à mettre la main sur l'assassin de son fils. Quête croisée avec la recherche tout aussi obsédée de Franck Farrow qui compte bien retrouver l'inspecteur qui a buté son frère, et rééquilibrer les compteurs...Pivot de l'histoire, Nick Stefanos, qui, pour le meilleur et surtout pour le pire, rapprochera, par le jeu de son enquête, ces deux hommes blessés que a priori tout oppose, mais à qui la haine renvoie le même reflet. 
Selon Pelecanos, "un bon polar, c'est une bombe à retardement avec une grande mèche. C'est un sentiment d'inquiétude qui doit durer le plus longtemps possible".


Je vous conseille d'allumer cette mèche-là et d'aller vous planquer très vite pour attendre l'explosion.
Si, comme moi, vous avez du mal avec les bouquins qui entremêlent plusieurs histoires et donc un grand nombre de personnages, accrochez-vous, vos efforts seront récompensés! Et si vous oubliez en route qui est Thomas Wilson, pas grave, vous comprendrez quand même le dénouement!


publié dans : la bibliothèque par Val
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Mardi 24 juin 2008
Quand on est un lecteur plutôt assidu, c'est à dire quand on lit dans l'année plus qu'une biographie de Michel Sardou au mois d'août sur le sable chaud de Palavas-les-flots, on a parfois du mal en fin d'année à se rappeler de ses lectures.
C'est particulièrement vrai pour moi, qui ai déjà du mal à me souvenir de mon nom.
Et bien je sais qu'en décembre, quand je ferai mon bilan littéraire annuel (qui n'intéresse que moi, nous sommes bien d'accord), je n'oublierai pas les pantoufles du samouraï de Patrick Cauvin. C'est le genre de petite bombe qui éclate bien volontiers dans vos mains de lecteur kamikaze, toujours prêt à mourir pour un bon livre.



Si vous avez eu un jour treize ans, ce qui est très probable compte tenu du morpho-type standard du visiteur moyen de mon blog (oui, oui, je vous vois, là. ça vous va bien ce bronzage d'ailleurs), vous connaissez forcément Patrick Cauvin, parce que vous avez lu E=Mc2 mon amour. Si ce n'est pas le cas reculez de trois cases et rattrapez votre retard. c'est plus qu'un conseil, plus qu'une invite franche et cordiale, une prière.

Les pantoufles du samouraï c'est, dans les grandes lignes, le journal intime d'un vieux schnock de 84 ans qui se décide tout à coup à raconter sa vie, lui qui n'a jamais rien écrit depuis 40 ans, époque à laquelle il expédiait quelques cartes postales sans intérêt depuis Palavas-les-Flots.

Décidément, Palavas est à l'honneur.
Faîtes-moi penser à parler de la Grande Motte un de ces quatre, sinon il va y avoir des jaloux.

Mais qu'est-ce qui peut bien arriver à un vieux de 84 ans qui soit si passionnant qu'il le pousse à écrire?
Et bien pas grand chose justement.
Et c'est ce qui rend ce bouquin aussi hilarant que tendre, aussi surprenant, aussi rafraîchissant.
Il faut l'écouter, le lire plutôt, ce prof momifié qui vous raconte ses petites manies, ses péripéties du jour (les expéditions à l'épicerie, inoubliables), qui vous décrit ses rencontres avec ses anciens élèves, tous devenus à ses yeux, ou presque, des cons.
Les deux ou trois relations qui égaient très épisodiquement une vie faîte de solitude et d'attente, mais pas forcément d'ennui.
La théorie du complot à la sauce gériatrique.

C'est drôle, c'est divinement bien écrit et d'autant plus touchant que le vieux bonhomme s'adresse à nous, lecteurs hypothétiques d'un journal de bord maladroit, truffé de digressions savoureuses.
Patrick Cauvin n'est pas un bleu, et en dépit d'un récit qui peut a priori sembler bordélique, tout est bien rangé, à sa place.
Le discours ne se perd pas, et le propos reste clair.


Régalez-vous cet été en dégustant ce petit bijou d'humour tendre, sur la plage de Palavas-les-Flots ou ailleurs.

A la Grande Motte?
publié dans : la bibliothèque par Val
ajouter un commentaire commentaires (9)    recommander
Vendredi 13 juin 2008
Evidemment, pour porter un avis complet et sûrement plus légitime sur les nouvelles mythologies, rédigées sous la direction de Jérôme Garcin, j'aurais sans doute du me fendre de la lecture des mythologies de Roland Barthes, de 1957.
Je commence donc cet article par de plates excuses étalées devant toi, ô mon lectorat bien aimé, telles un tapis de roses fraîches déposées à tes pieds souverains.



Je peux, malgré tout, vous faire part de mon sentiment, mon vécu du ressenti de l'intérieur de moi, après avoir refermé ces quelques pages avec toute la précaution d'un Merlin bicentenaire refermant son grimoire.

Distrayant.
Voilà ce qu'il ressort de ma balade parmi ces nouvelles mythologies.
Distrayant. Rien de plus, rien de moins.
Evidemment si j'en avais attendu un essai sérieux sur la propension de notre société individualo-mercantile à se créer des besoins aussi ridicules que vains, je serais déçue.
Heureusement pour moi, ce n'était pas mon objectif.

Le 50ème anniversaire du livre de Barthes a été le prétexte déclencheur de ce petit bouquin sympathique, agréable la plupart du temps, mais trop souvent paresseux.
Je m'explique : Jérôme Garcin n'a pas écrit ce livre, il en a dirigé la rédaction. En gros ça veut dire que c'est lui qui a passé commande des différents articles auprès des penseurs de notre temps (dans un sens très large...) et qui les a sans doute reçus par la Poste avant de les amener jusqu'aux portes du Seuil (jeu de mot navrant dont malheureusement pour vous je crains de ne jamais me lasser).
Plus de cinquante auteurs ont accepté de collaborer à ce projet, et ont rédigé, chacun à leur manière, un article sur un sujet propre à notre époque. L'ensemble est particulièrement hétéroclyte, ce qui fait dire à la quatrième de couverture (façon de parler, puisque bien sûr elle ne parle pas, justement) que l'"on ouvre le bazar des années 2000."
L'image est tout à fait juste : on passe d'un article sur Kate Moss à un micro-essai sur le déclinisme. Vous trouverez au rayon nouvelles technologies : le SMS, le WIFI, Google, le blog, etc... A l'étage économie de ce grand bazar qui n'est pas à l'hôtel de ville (je suis décidément très en forme) vous trouverez : le commerce équitable, la capsule Nespresso, le phénomène Ducasse, la délocalisation, etc.
Le principe est amusant, vous en conviendrez (arrêtez de rire, vous en faîtes trop) mais pour aboutir à une vraie réussite, me semble-t-il, il aurait fallu soit traiter 3 fois moins de sujets, soit accoucher d'un livre trois fois plus gros.
Certains articles tiennent à peine sur 2 pages, alors que le sujet en aurait mérité beaucoup plus. Le chapitre sur le blog en est un bon exemple.
On a vraiment le sentiment que certains auteurs n'ont pas cassé leur pointe de Mont-Blanc en cherchant l'inspiration : il est clair qu'ils ont expédié leur ouvrage, motivés par le seul souhait "d'en être" (Beigbeder pour ne pas le citer). Pas très sympa pour le lecteur qui, à certains moments, se demande si on ne moque pas un tout petit peu de sa pomme.
Heureusement ces passages paresseux sont effacés par plusieurs pépites et autres perles de lecture...(Pascal Bruckner sur "la nouvelle Eve" ou Nicolas Baverez sur "le plombier polonais", et aussi Georges Vigarello sur "Parce que je le vaux bien" par exemple).

Comme le bon vin je pense que ce millésime gagnera à être conservé au frais pendant quelques temps, pour se bonifier et prendre un peu de densité.
Le lire aujourd'hui c'est s'amuser des tics et tocs de nos contemporains, le relire dans vingt ou trente ans avec la nouvelle génération sera sans aucun doute le prétexte donné à des discussions passionnantes.
On jettera alors un regard amusé et tendre sur le début des années 2000, en se rappelant d'un coup que les femmes se promenaient toujours avec "un grand cabas de fille", que les hommes (et pas qu'eux) s'émouvaient devant "le corps nu d'Emmanuelle Béart" sortant de l'eau sur la couverture de ELLE et que partout on pouvait lire "Fumer tue"...

Dommage que Barthes n'ait pas pu nous raconter tout ça.
publié dans : la bibliothèque par Val
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Blog : Blogzine sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus