Dimanche 16 novembre 2008
L'un de mes grands petits plaisirs du mois c'est de découvrir dans ma boîte aux lettres le dernier numéro de
"Lire".
D'abord parce qu'il parle de ce que j'aime, évidemment, ensuite parce qu'il me permet de découvrir de nouveaux auteurs, et enfin parce qu'il y a une rubrique intitulée "l'univers d'un écrivain"
qui vous permet de "visiter" l'antre d'un écrivain...C'est une porte entrebaillée à travers laquelle vou tendez le cou pour jeter un oeil, voyeur ou amusé, sur son lieu de travail, qui se trouve
être souvent son lieu de vie. Par exemple dans le dernier numéro de ma revue préférée vous pouviez découvrir l'univers de John le Carré, et notamment la somptueuse bibliothèque qu'il s'est fait
construire dans son austère demeure plantée sur les côtes anglaises, face au vent....
Le mois précédent le dossier principal était consacré à la littérature américaine et en particulier à ses auteurs contemporains. Une interview-fleuve de plusieurs pages était consacrée à Richard
Ford, auteur mythique que, je l'avoue, je ne connaissais pas avant d'avoir lu cet article.
Le bonhomme écrit peu, mais quand il frappe, il frappe fort.
Comparé à Raymond Carver, ce qui n'est pas le moindre des hommages, il a reçu de nombreux prix, dont le Pulitzer, pour Indépendance, la
suite d'un week-end dans le Michigan. Avec l'état des lieux, sorti cette année
en France, ces trois livres forment un tryptique autour de la vie de Franck Bascombe, héros récurrent de Ford.
Dans un week-end au Michigan, Richard Ford met
en place son héros, ou plutôt son anti-héros : Franck Bascombe est un écrivain raté qui s'est reconverti dans le journalisme sportif. Résidant à Haddam, une banlieue chic du New-Jersey, il
traverse une sorte de crise existentielle après le décès de son jeune fils de 10 ans, quelques temps auparavant. Ce drame l'a conduit à se séparer de sa femme, avec qui il garde malgré tout de
bonnes relations et à s'éloigner de ses deux autres enfants.
Le livre n'a ni début ni fin : on accompagne Franck Bascombe dans ses cogitations intérieures, dans sa quête de sens et s'il lui prend l'envie de nous reparler du bon vieux temps, à nous de le
suivre et de ne pas perdre le fil...
Le livre doit son titre à un week-end que Bascombe doit partiellement consacrer à l'interview d'un footballeur prématurément en retraite suite à de graves blessures. Il part en voyage en
compagnie de sa jeune maîtresse, mais l'aventure romantique vire rapidement au fiasco, ces deux-là n'ayant manifestement pas grand chose à faire ensemble.
L'atmosphère de ce livre est étrange, volontairement d'ailleurs, et nous montre à quel point l'existence d'une bourgeoisie plutôt intellectuelle, rassurée par des références culturelles solides,
est totalement friable une fois confrontée à la réalité du quotidien. Les grands concepts volent en éclat en un instant, et on ne sait plus très bien à quoi se raccrocher. Bascombe tient bon, il
fait le dos rond, s'obstine à avancer et à sortir la tête de l'eau, mais autour de lui les personnages en déroute, souvent au bord du goufre, sont innombrables.
Un roman psychologique donc, sans suspense ni rebondissements, juste une succession d'impressions et de sentiments décrits avec une accuité stupéfiante par Richard Ford : il a certes quelques
traits en communs avec son personnage, mais finalement peu. Par exemple Ford n'a pas d'enfants et pourtant le personnage de Bascombe en père meurtri est d'une justesse rare.
Un livre "ovni", pour lecteurs curieux et obstinés qui ne craindront pas d'être déroutés.
Publié dans : la bibliothèque
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Par Val
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