Longtemps le dimanche fut pour moi synonyme de calvaire.
C'était le jour des repas de famille, où ma mère m'obligeait à m'endimancher (expression on ne peut plus à
propos) avec des kilts horribles retenus par des épingles géantes, lorsque nous nous déplacions chez mamie X ou tatie Z pour un déjeuner qui me semblait interminable. Et pour cause, ces repas
étaient interminables. Un minimum de quatre heures, à croire que ma famille avait décidé d'entrer dans le guiness book des records à la rubrique
"famille la plus lente pour avaler un gigôt d'agneau/flageolets". Les gosses étaient relégués en bout de table, car ils étaient supposés avoir des tas de trucs à se raconter et ne rien comprendre
aux discussions des adultes. Pas de bol pour moi qui n'étais que moyennement fascinée par les concours de pets silencieux organisés par mes cousins (la faute aux flageolets bien sûr) mais qui en
revanche aurait bien aimé causer avec les grands de sujets supposés sérieux qui pourtant les faisaient bien rire (je n'ai compris que plus tard qu'en fait ils riaient des vannes de mon père qui
passait son temps à se foutre de la gueule d'une de ses belles-soeurs).
Après manger, comme il fallait bien se donner une raison de repasser à table une heure plus tard, on ne dérogeait que rarement à la
sacro-sainte "promenade digestive", rien d'autre qu'une balade à 2 à l'heure qui avait pour seul intérêt de nous permettre de nous débarrasser en rase campagne, dans une relative discrétion, de la tension qui pesait sur nos estomacs alourdis (de flageolets, je le rappelle).
Et puis quand on n'allait pas voir la famille on restait à la maison, et mon père nous imposait des heures
durant des grands-prix à la télé qui n'en finissaient pas, avec un bruit horrible de moteurs rugissants. 30 types alignés pour tourner en rond dans des bagnoles à 10 millions de dollars qui ne
peuvent embarquer qu'un seul voyageur, quelle connerie! Ma mère pendant ce temps-là roupillait
dans un fauteuil ou s'activait pour laver le linge ou mitonner un plat spécial qui réclamait 3 heures de travail (je précise à cette occasion que ma mère n'a que deux positions : marche/arrêt.
Sur ce modèle-là de maman on n'a pas mis de bouton "pause" ou "repos". Ce sont deux choses qu'elle découvrira sans doute dans une vie future).
Si mon frère ne s'était pas murgé toute la soirée (et une bonne partie de la nuit) au Ricard pur avec des
potes, j'avais de grande chance de l'avoir dans les pattes, traînant sa dégaine de gringalet boutonneux avec une seule phrase aux lèvres :
-" Tu fais quoi, j'sais pas quoi faire". (à prononcer avec le timbre si particulier des ados de 15 ans en pleine mue).
Répété 25 fois en moyenne par après-midi (le matin on ne le voyait jamais de toute façon) je peux vous garantir que ça tape sur le système.
Mais aujourd'hui tout ça c'est du passé.
Enfin je fais ce que je veux de mes dimanche!
Ma famille est trop loin pour qu'on rentre dans le circuit infernal des "vous-nous-avez-invités-dimanche-dernier -alors-c'est-notre-tour" et la famille de ma Douce est trop atypique pour se plier
à ce genre de coutume ancrée dans les moeurs provinciales. Et c'est deux fois tant mieux!
J'adore faire ce que je veux le dimanche, y compris ne rien faire parfois, à part contempler béatement la pluie qui tombe alors que je suis tranquillement à l'abri, une tasse de thé à la main,
sapée comme l'as de pique dans mon survêt en velours Ikéa (on dirait une "golden girl") mais lavée et coiffée, parce que faut pas pousser quand même.
Je fais du vélo si je veux, je bouffe ce que je veux, je balade ma petite famille en forêt si elle veut, j'oblige le troll à faire du vélo sans les roues même si elle veut pas, je me vautre dans
le canapé avec ma Douce pour mater un doc sur "Canal à la demande" si on en a envie.
En un mot : le pied.
Seul bémol : je ne sais plus ce que c'est qu'une grasse matinée.
Ben oui, parce que le troll, au lieu de faire dodo jusqu'à 9h, et bien elle se lève. Très tôt.
Et elle peut pas s'empêcher de venir nous le dire qu'elle est levée.
Et que ça serait bien qu'on se lève aussi.
Alors on la rembarre.
On gagne 10 minutes.
Et elle revient.
On craque.
Pourtant on croyait avoir trouvé la parade : on lui a proposé de jouer dans sa chambre en attendant qu'on se réveille à notre tour. Naïves, nous pensions qu'elle émergerait vers 8h, ce qui nous
laisserait une heure de répit, sachant que quand il y a école il faut la réveiller à coups de batte de baseball à 7h30 alors que nous on est levées depuis 3/4 d'heure.
Oui mais voilà. Se lever pour jouer c'est beaucoup plus motivant que d'aller à l'école.
Alors dimanche dernier j'ai été réveillée à 5h30 par des voix.
J'ai cru que les voisins discutaient fort, mais l'horaire m'a semblé quand même un peu incongru...
Je me suis assoupie puis réveillée à nouveau vers 6h, ce qui m'a poussée à me lever pour aller changer l'eau des poissons.
Et qui je trouvais assise dans son lit, racontant une histoire à ses peluches, son lecteur CD à fond les ballons dispensant bruyamment les contes de Perrault?
Le globule.
Alors dimanche il va falloir changer de tactique.
Z'auriez pas une idée?
Publié dans : la chambre d'enfant
-
Par Val
24
-
Recommander