Tel père, tel fils?

Publié le par Val

Je me moque toujours des américains qui pensent que la littérature française se limite à Flaubert et à madame de La Fayette, et que notre musique contemporaine se résume à Piaf et Maurice Chevalier.
Mais finalement, quand je m'intéresse à la littérature russe, je ne suis pas beaucoup plus avancée dans mon approche...
A l'exception d'Andréi Makine, que j'ai découvert à travers "le testament français", Goncourt 1995, je ne connais de la littérature russe que (certains de) ses auteurs classiques, comme si les auteurs russes avaient posé le crayon, ou enfilé une housse sur leur machine à écrire, quelquepart aux alentours du début du XXème siècle.
Pour ma défense, je vous dirai que je ne suis pas sûre que les auteurs russes contemporains bénéficient d'une exposition maximale, contrairement à leurs collègues anglo-saxons...ni de la même frénésie de traduction!

Quoiqu'il en soit c'est un plaisir chaque fois renouvelé de découvrir les oeuvres de Tolstoï, Dostoïevski ou Boulgakov.
Je vous arrête tout de suite avant que vous ne cliquiez sur la croix rouge en haut à droite de votre navigateur : ce n'est pas parce qu'un auteur a un nom imprononçable qu'il est difficile à lire!
Ok, je vous le concède, l'humour n'est pas le registre des auteurs russes (en tout cas de ces auteurs classiques), mais ça ne les empêche pas d'être intéressants, ni surtout d'avoir un discours de portée universelle!

Prenez par exemple "Père et fils" de Tourguéniev, où comment se confrontent deux générations au tournant du siècle, alors que les Bolcheviks s'apprêtent à flanquer par terre des siècles de rapports sociaux basés sur des classes que l'on croyait immuables.
Le père et le fils, c'est une histoire à deux niveaux : celle, universelle et intemporelle, d'une jeunesse fougueuse et pleine de vie opposée à une génération corsetée dans ses habitudes et ses certitudes, qui ne la comprend pas, et celle de deux époques qui s'affrontent sur le terrain des idées : le passé (la féodalité) et le futur (le socialisme version pure et dure).

Pour illustrer ce conflit, Tourgueniev nous place dans les pas de Bazarov et Arcade, deux jeunes gens que l'auteur affuble du qualificatif de "nihilistes", voulant dire par là que leur seul projet est de faire table rase de tout, principes, idées, sytèmes, croyances...
A l'opposé, le père d'Arcade, Nicolas Petrovitch, aristocrate en déclin traversé de mille doutes, redoutant les évolutions dont son fils et ses semblables se font le relais, tout en pressentant qu'elles seront inéluctables. Son frère, Paul Petrovitch, s'obstine au contraire à défendre un temps qui déjà disparait, englouti peu à peu par des idées nouvelles qui se répandent jusqu'au fond des campagnes.

La justesse du discours de Tourgueniev repose sur les failles qu'il fait apparaître dans chacun des deux discours, jeunes contre anciens.
Ainsi, les plus jeunes se vantent de vouloir tout casser, se moque du "romantisme" qui selon eux, aveugle les hommes, et pourtant leurs coeurs se laissent attendrir par deux créatures, belles et douées de raison qui plus est. Prisonniers de leur image de rebels, les deux jeunes hommes s'infligent les pires tortures avant de se rendre à l'évidence...
De leur côté les anciens, s'escrimant à faire valoir la supériorité des principes qui "de tout temps" ont guidé l'action des hommes, se rangent imperceptiblement aux idées nouvelles...C'est ainsi que le père d'Arcade, après des années de veuvage, se voit recommander par son frère d'épouser la servante à qui il a fait un enfant, et à qui surtout il vous une affection sincère, bien que sa condition de fille du peuple interdise en principe une telle union.

Une histoire simple, en laquelle chacun se reconnaîtra, pourvu qu'il ait été adolescent et ait eu un jour cette parole envers ses parents : "vous pouvez pas me comprendre!". 

ça fait du monde...

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eurêka 22/10/2008 21:49

Désolée, je me suis arrêtée au 3ème degré, un par décennie. Je sais, j'suis plutôt lente, mais j'y travaille...

Val 23/10/2008 18:48


Hihi! vivement la quarantaine alors!
Nannnnnn.


eurêka 22/10/2008 11:50

Euh... en fait, je voulais dire que lire du théatre, c'est comme lire des notes sur une portée : ça ne veut pas dire grand chose (voire rien pour les notes). Il faut que ce soit joué pour vraiment apprécier.

Val 22/10/2008 20:29


Mais je ne disais pas autre chose.
au 4ème degré.
j'ai fait un flop.
tant pis...


eurêka 20/10/2008 13:47

Alors là, sois assurée que j'en prends bonne note et qu'il sera à coup sûr dans ma bibliothèque dans les mois à venir!J'ajouterai que je suis d'accord avec toi à propos du théatre : je reste hermétique à sa lecture, mais j'adorerais pouvoir admirer des comédiens le jouer, y compris des classiques. C'est un peu comme des notes de musique sur une partition.

Val 21/10/2008 19:49


Oui.
Ou du beurre sur une tartine.
Ou une vache dans un pré.
A sa place quoi...


Fred 16/10/2008 22:17

Salut Val,cet après-midi, me promenant dans les rayons de Cultura, j'ai pensé à toi et à ce billet, désirant acheter un livre d'un auteur russe. Je n'arrivais pas à me décider (Tourgueniev comme tu le conseilles ? Ou Dostoïevski -Les Frères Karamazov ? Ou autre chose ?) et j'ai fini, tout en bas à droite des étagères, là ou je finis toujours depuis cet été, sur le rayonnage de Stefan Zweig. Et j'ai pris Trois Maîtres, un recueil d'essais sur Balzac, Dickens et Dostoïevski, qu'il présente comme les trois romanciers principaux du XIXème siècle, selon lui bien sûr, et tout en étant conscient de la forme d'injustice que cela représente pour Hugo ou Tolstoï par exemple (voir la préface).Encore Zweig me dira-tu (si je te saoule avec celui-là, dis-le moi, hein). Mais en fait, si je t'en reparle, c'est parce que je crois que je commence à comprendre ce que j'aime tant chez lui. Au-delà de ces livres, c'est son profond humanisme qui me plaît. Son pacifisme, sa volonté d'unir les peuples. Un auteur autrichien qui écrit sur des romanciers français, anglais et russes, alors qu'on sortait de décennies de conflit entre ceux-là et d'autres, et que s'en annonçait une nouvelle pire que les précédentes, et qui espère de cette communion intellectuelle et culturelle un mieux-être pour tous, ne peut que m'attirer.Cette Europe, celle qu'entrevoyaient Zweig, mais aussi son ami Romain Rolland (un autre prix Nobel de Littérature), moi je lui dis OUI tout de suite, et avec plaisir !Désolé de m'être étendu...Bises,Fred

Val 19/10/2008 20:05


ne sois pas désolé!
et oui, Zweig est un mec bien.
bises à toi aussi


Géraldine 16/10/2008 17:39

Ok, plus de cdlt !   benoite groult, ouep, tip top, super mamie, j'voudrais être comme elle quand je serais vieille !bizzzzzz