La rentrée des nazes

Publié le par Val

Et oui, encore une rentrée!
Ok, des nazes, il y en a toute l'année, mais là...

Je suis rentrée de week-end il y a à peine heure, juste le temps d'aider (un peu) l'Emmerdeuse qui s'agite toujours (beaucoup) lorsque l'on rentre, quelle que soit la durée de l'absence. Que voulez-vous...elle n'aime pas les godasses qui trainent, les sacs qui restent la gueule béante dans le passage, le linge sale qui déborde du panier, la caisse du chat qui embaume tout l'appartement d'une douce effluve à peine étouffée par la litière Catsan, première litière des chats d'appartements (et oui, tous ces litres d'urine qui ne trouvent pas d'arbre pour se répandre, et ces étrons minuscules qui jamais ne connaîtront le bonheur d'être enfouis à même la terre, tout ça réclame la Rolls de la litière. C'est ça où vous perdez tous vos amis à la prochaine visite.)

Désolée, je me suis perdue en route.
Hop, me revoilà avec mon histoire de retour de week-end.

Après donc, avoir participé modestement à la remise en ordre de l'espace de vie familial, je me suis installée (la première, yes!) derrière le clavier pour jeter un oeil distrait à l'actu, histoire de m'assurer que je n'avais pas raté un épisode crucial de l'histoire du monde (déclenchement de la troisième guerre mondiale, séisme en Californie, coup d'Etat en Micronésie, rupture d'anévrisme de Loana, que sais-je encore?).
Et là, paf! en Une du Monde.fr, la photo du sémillant ministre de l'éducation Xavier Darcos, auteur d'une idée abracadabrantesque ce week-end. Laquelle donc? Remettre à chaque bachelier une médaille. Or, argent, ou bronze selon la mention.


Moi je dis que les ministres, il faut qu'ils apprennent à faire comme nous le week-end : DECOMPRESSER.
Franchement, une idée comme ça on ne peut l'avoir que le week-end après une semaine chargée au max, quand le cerveau crie "pitié" et la main qui tient le stylo hurle "pause"!
Si ça se trouve on aurait échappé à bien des réformes à la con si nos grands décideurs avaient su lever le pied en fin de semaine.

Franchement, une médaille...
Déjà que le diplôme, avouez-le, vous ne savez même plus où vous l'avez rangé, alors à quoi bon ajouter un gadget de plus?
Et puis c'est très fin, très subtil, de vouloir distinguer en quelque sorte "l'élite" du commun, les relégués au rencart du système éducatif, largués à quatorze ans dans des BEP vente ou mécanique qu'ils n'ont pas choisis.
On me dira que je fais du mauvais esprit, et que bien entendu monsieur Darcos n'entendait pas se limiter au bac général, mais incluait aussi les bacs pros. Bien sûr.

Je pense qu'en fait il a mal compris l'effet "JO".
Monsieur le ministre, ce qui fait rêver les gamins, ce ne sont pas les breloques autour du cou des athlètes. Ce sont la gloire, l'aura qui entourent les vainqueurs qui les fascinent tant, sans oublier les contrats publicitaires mirobolants qui garantissent une retraite confortable à des types de 30 ans.

Et si au lieu de commander quelques centaines de milliers de médaille tous les ans, on essayait de claquer les sous du contribuable dans des actions plus constructives?

Si par exemple on évitait qu'une proportion honteuse de mômes arrivent en sixième sans maîtriser la lecture et l'écriture? Si on se mobilisait pour que les bancs de la fac ne se remplissent pas inexorablement à chaque rentrée d'un nombre effarant d'étudiants qui ne savent pas écrire? (au sens tenir un discours, un raisonnement, dans un français intelligible). Je me souviens qu'il y a un peu plus de 10 ans, quand j'étais moi-même en fac de droit, les profs commençaient à nous retirer des points pour ce motif. On n'avait jamais vu une génération de futurs avocats, magistrats ou notaires potentiels aussi infoutus de rédiger quatre lignes intelligentes à la suite.
Mal partis ceux-là pour la rédaction d'un testament ou d'un contrat en 50 pages...
(exemple :"A cause qu'elle ait morte elle lesse à son népoux et ces enfant quinze milles euros en titres d'hiver". La classe. On est loin de Flaubert!).
Si on faisait en sorte que l'année scolaire ne s'arrête pas début juin pour la plupart des collégiens et lycéens?
Hein?

Ce qui est rassurant c'est que cette idée a fait l'unanimité.
Contre elle.

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Anaïs 17/09/2008 01:31

J'ai bien aimé ton billet et aussi le commentaire de Dan.
Je suis prof moi aussi, de français.

L'école s'arrête bien le 4 juillet depuis quelques années, mais on a toutes les peines du monde à faire en sorte que les élèves viennent jusqu'au bout et TRAVAILLENT.

Les conseils de classe pour les 3èmes sont début juin à cause des orientations casse-pompon et tordues du lycée et des tas de paperasses à renvoyer ici et là en triple exemplaire (je n'exagère pas) du coup, le mois de juin est complètement zappé pour les 3èmes. Effet boule de neige pour les autres classes, même si les conseils arrivent un peu plus tard, entre le 15 et le 20. En effet, il faut faire remonter le plus vite possible avant la sortie au rectorat les effectifs pour la rentrée, et le "taux" de redoublants, pour que le rectorat réaligne la dotation globale des heures, allouée en janvier au bahut. En gros pour savoir s' il va y avoir tant d'heures et donc assez de profs en tout dans le bahut.

Bilan des opérations: les mômes n'en ont vraiment plus rien à cirer de nous et de nos cours, et là, je ne rigole pas. Plus moyen de rien en faire et parfois les parents soutiennent... Ils nous renvoient parfois balader en arguant que de toute façon "les notes sont arrêtées"... On croit rêver.

Le cours au collège s'arrêtent en juillet mais c'est de la poudre aux yeux, et personne ne dit rien. Nous, les enseignants on a l'air de pauvres poires.

Si, si, pour répondre à Dan les dictées ça existe encore, et on a intérêt à en faire, parce que sinon on se fait bien taper sur les doigts. Les mômes ne sont pas si mauvais que ça, c'est le système de l'ensegnement public qui est une usine à fabriquer l'échec scolaire.
Mais il y a des profs qui se creusent la tête, qui essayent d'autres méthodes par exemple la Gestion Mentale et ça marche et ça rend les gamins heureux d'aller en classe, et les enseignants aussi.

Il y a dans ce boulot des gens formidables vraiment, qui font des bornes pour faire classe aux enfants du voyage par exemple, donnent bénévolement des cours pour les enfants hospitalisés, font du soutien scolaire. Moi-même, j'ai eu ue fois un enfant qui arrivait en direct du Kosovo balancé dans ma classe tout ce qu'il savait écrire c'était l'alphabet en lettres capitales, et toute l'équipe s'est mise au boulot, on a pas cherché midi à 14h on a pas pensé heures sup' etc. on s'y est mis. Le môme je l'ai pris en plus pour des heures de français, et on a réussi à lui apprendre à lire et à érire.

C'est comme dans tous les boulots, il y a des connards et des gens bien. C'est terrible les cons chez les profs car ils ont une situation de "pouvoir" sur les enfants et aussi parfois sur les parents, et ça fait de ravages. Mais il y a encore des gens qui y croient à ce métieret qui aiment le faire. Perso, tous les matins je vais au taf avec le sourire, j'aime toujours ça au bout de dix ans, voilà.

Et aussi, il y a des profs qui ne méprisent pas l'enseignement dit "manuel" (et les métiers qui vont avec on a en a BESOIN de ces métiers), tout au contraire, j'en suis, et avec un copain ouvrier chaudronnier franchement ça me renforce dans mes convictions que ce n'est pas DU TOUT le soit-disant "niveau d'étude" qui fait l'intellignece et le coeur des gens.

Le truc c'est que les profs n'acceptent pas beaucoup je trouve, le dialogue avec les autres professions, et surtout de critiquer leur métier, d'en voir les abus et les mauvais côtés. Souvent ils étaient déjà par leurs parents dans la fonction publique ou l'enseignement (c'est mon cas) et donc ils n'ont pas l'habitude de regarder un peu la vie autrement. Ils ne sont pas très cools!

Mais bon tant pis pour eux, ce sont des aigris.
ce métier est quand même génial de mon point de vue, j'adore vraiment le faire, être dans ma classe = grande joie. Et j'apprends beaucoup des gens qui ne sont pas dans ma branche, j'aime entendre ce qu'ils ont à dire sur ce boulot, je trouve que c'est ça qui fait avancer l'école.
Merci pour ton billet.

Fred 16/09/2008 15:32

Salut !!!

Val, je suis d'accord avec toi, les ministres devraient décompresser les week-end, et je rajoute que ceux de ce gouvernement devraient être en week-end toute la semaine.

Sur ton exemple de testament ("A cause qu'elle ait morte...") : c'est beau, on dirait du Sarkozy.

Bisous,
Fred

Val 16/09/2008 19:12


Oui, c'est moi qui lui écris ses discours, mais chut.


valérie 16/09/2008 13:07

Un petit com. vaut mieux qu'un long discours, donc : chapeau, j'adore! Très drôle et très bien écrit, rien à dire, tout est là.
Bon j'arrête (faut pas abuser, non plus..)
Ah et oui, j'oubliais : Val, euh... c'est moi, hein.

Val 16/09/2008 19:11


C'est donc toi.
Bien.

Comme je ne te connais pas encore, je vais aller te rendre visite.
on va tous devenir schyso avec internet, j'aurais prévenu...


sappholfaire 16/09/2008 10:34

Une breloque de plus à son cou

http://rue89.com/2008/09/15/darcos-les-profs-de-maternelle-ne-changent-que-les-couches

Val 16/09/2008 19:09


Un génie ce type.
Mais un génie incompris!


Bertrand 15/09/2008 23:47

J'en connais une qui pourrait décrocher la médaille de la niaiserie. Mais bon, on ne tire pas sur l'ambulance et elle doit déjà avoir mal au cul.

Val 16/09/2008 19:08


Je ne le prends pas pour moi, hein?