Pas de quoi se flinguer

Publié le par Val

Jusqu'à présent j'ai plutôt eu la main heureuse en  rangeant dans la bibliothèque de l'Appartement des livres pour lesquels j'ai eu un véritable coup de coeur ou, à tout le moins, une vraie tendresse.
Parce qu'il faut un début à tout, cette fois j'ai décidé de dégainer mon fusil à fléchettes et de descendre (gentiment, quand même) en flamme un bouquin qui m'a déçu, peut-être parce que j'en attendais trop, allez savoir.

Jean Teulé, dans Le magasin des suicides, nous décrit la vie d'une famille de branques, les Tuvache, dont la particularité est de tenir un commerce spécialisé dans la vente d'articles destinés à permettre à ses clients de mettre fin à leurs jours.
On y trouve aussi bien des mètres de corde que des fioles de poison, des animaux venimeux ou des champignons vénéneux (je vous épargne la litanie des produits disponibles, sinon vous aurez déjà la moitié du livre entre les mains).
Le drame de monsieur et madame Tuvache est que leur fils cadet respire la joie de vivre et n'a qu'un souhait : convaincre tout un chacun que la vie vaut la peine d'être vécue! Vous l'aurez compris l'attitude du gamin est mauvaise pour les affaires, c'est pourquoi ses parents déploieront des trésors d'ingéniosité pour le ramener dans le chemin de la dépression et du chagrin perpétuel.

L'idée, amusante, ne tient malheureusement pas la route tant elle se saborde dans des démonstrations lourdingues, des situations attendues et des personnages plus stéréotypés que Bugs Bunny et le Doc.

Je pensais me perdre avec délice dans les méandres de l'absurde, voire du surréalisme (que les inconditionnels de Boris Vian s'en tiennent à leur idole!) et je ne fais que me noyer dans une copie d'écolier ("élève Jean Teulé, tu me raconteras en 150 pages l'histoire d'une famille qui tient un magasin des suicides. Tu prendras garde à épuiser ton sujet et à ménager un happy end que la Fox, Familles de France et la Bibliothèque verte applaudiront des quatre mains").

L'ensemble est malgré tout bien écrit (je sais, c'est une appréciation qui ne veut rien dire...), ce qui augmente ma frustration!
Je vais donner une deuxième chance à cet auteur à la bouille irrésistible ( vous vous souvenez du grand zigue un peu lunaire qui posait des questions gentilles (boules blanches) et des questions méchantes (boules rouges) dans Nulle part ailleurs il y a quelques années? C'était lui!) et je lirai plus tard Darling, adapté l'an dernier au cinéma.

Un type né à Saint-Lô, dans la Manche, ne peut pas être un mauvais auteur.
Par contre une fille née à Avranches, dans la Manche, pourrait bien avoir porté un jugement hâtif.

Je l'espère.

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Vieux Félin 16/05/2008 13:23

Effectivement, t'es plus cruelle que je ne le suis...

niko 15/05/2008 23:25

je ne lis pas ton post, on vient de me preter "le magasin des suicides", alors je vais me faire ma propre opinion, sinon, merci pour "l'immeuble Yacoubian", je me régale!!! beaucoup de similitudes (c'en est troublant quelques fois!!!) avec les romans d'Albert Cossery dont je t'ai déja parlé, tu devrais apprécier...

Val 17/05/2008 13:23


C'est ce qui s'appelle de l'échange constructif!
Bonne lecture alors...


liza 15/05/2008 21:44

J'avais entendu parler de ce bouquin et je trouvais l'argument drôle et les interviews de l'auteur intéressante ... Bon !Faut-il faire confiance à la critique - toute la question est là
LIZAGRECE

Val 17/05/2008 13:22


Disons que la critique n'est pas une science exacte!
et heureusement d'ailleurs.
La meilleure opinion restera toujours celle que l'on fait.


Fred 15/05/2008 14:19

Salut Val,

hier, je lis cet article et, ce matin, la critique d'André Rollin dans le Canard sur un livre d'un auteur anglais, Toby Litt, "Un hôpital en enfer" (chez Phébus). Une histoire qui part dans tous les sens, dans un hôpital, avec un bagarre entre médecins, infirmières, etc, pour soigner un homme dans le coma arrivé en hélico, pendant qu'un autre se retrouve avec un pommier qui lui pousse dans l'estomac après avoir avalé un pépin, tout ceci sur fond d'ascenseur et de murs qui n'en font qu'à leur tête.
Tout ça m'a fait penser à Vian (surtout le pommier).
Et c'est bien la première fois qu'un critique littéraire me donne envie de lire un bouquin...

En plus, ça fait 500 pages, et j'aime bien les gros bouquins : en général, le vite-lu m'emmerde, à part les nouvelles. Si elles sont bien écrites (à mon avis, il est beaucoup plus difficile d'écrire une nouvelle médiocre qu'un roman correct). Si elles sont publiés en recueil. Si le recueil est bien construit. Et si il fait 500 pages.

Si je l'achète, je t'en dirai des nouvelles (!).

Bisous,
Fred

Val 15/05/2008 20:06


pour l'absurde, le poilant, l'hilarant, la grosse déconnade, on n'a jamais fait mieux que les anglais! (cf ce que je disais il y a peu sur Tom Sharp).
mais de temps en temps je "m'oblige" à lire autre chose que les anglo-saxons (eet pas que les poilants, hein!) pour mieux y revenir.
tiens moi au courant sur ce nouveau bouquin, que je l'ajoute à ma liste de courses si tu me le recommandes.


MaB 14/05/2008 22:17

Si tu ne lis pas "Ô Verlaine" de Jean Teulé, je serais vraiment mais alors vraiment très déçue... :-)

Val 15/05/2008 08:17


Je note, je note...