Lundi 12 mai 2008
Il y a des quatrièmes de couverture qui vous font de l'oeil, l'air de rien.

Vous passez devant et allez savoir pourquoi, elles vous font l'effet d' une jolie fille qui vous ferait grâce de son plus beau sourire, à vous qui passiez par là, le nez au vent et la tête ailleurs.C'est l'effet qu'a produit sur moi le dos du livre (oui, c'est ça la quatrième de couverture...)  La légende d'une servante, de Paula Fox.

Il y est question d'une fillette de cinq ans née sur une petite île des Caraïbes, fruit de l'union "contre-nature" du fils de la propriétaire d'une plantation de canne à sucre et d'une de ses domestiques, dans les années 30.
Son père a renoncé à sa condition pour vivre auprès de la petite Luisa et de sa mère, mais ne travaille pas, car rien dans son éducation ne l'y a préparé. En revanche il n'est pas décidé à subir les événements, c'est pourquoi quand la Révolution gronde sur l'île de San Pedro, il décide de quitter Malagita, son village, et de gagner l'Amérique avec sa femme et sa fille, quel que soit leur souhait.
Cette décision irrévocable sera le début du malheur pour Luisa, arrachée contre son gré à sa terre natale et surtout à sa grand-mère, Nana, qui s'est occupée d'elle plus que sa propre mère.
La petite famille débarque à New-York et tente d'y trouver une vie meilleure, avant de comprendre bien vite qu'avant de vivre il faudra survivre...
Le livre est découpé en quatre partie, qui explicitent chacune les pensées de la petite Luisa, puis de la jeune fille qui succède à l'enfant, avant de devenir mère à son tour.
La démarche est passionnante parce qu'à chaque étape de sa vie, on comprend que Luisa gagne en résignation ce qu'elle perd d'espoir, et pourtant, toujours, quelquepart au fond d'elle, demeure une petite flamme qui brûle pour "sa vie d'avant", un foyer jamais tout à fait éteint qui se nomme Malagita.
Toute sa vie elle caresse l'espoir d'y retourner, comme on rêve de franchir un jour les portes du paradis pour enfin s'y reposer...
Le personnage de Luisa est intéressant et surtout attachant parce qu'il n'est pas stéréotypé : ne cherchez pas là le parcours exemplaire d'une exilée partie de rien qui construit sa vie sur des fondations de colère et de revanche.
Non. Fille de domestique, Luisa Sanchez le deviendra à son tour, volontairement.
Mais Luisa de la Cueva, le nom que son père lui a donné, sommeille toujours en elle.

Paula Fox raconte les souffrances d'une enfant déracinée qui ne se sentira jamais tout à fait chez elle là où l'exil l'a portée, et les troubles de l'adulte qui ne
parviendra jamais tout à fait à guérir les blessures de l'enfant qu'elle fut.
Luisa grandit mais sa tristesse est intacte. Elle ne veut pas ressembler à ceux qu'elle sert, même si elle les observe avec justesse et tendresse. Elle veut juste être elle-même et pour cela, croit-elle, elle doit retourner d'où elle vient.

J'ai beaucoup aimé cette histoire, douce et subtile, où chaque personnage est décrit avec suffisamment de détails et d'allusions pour les rendre tantôt émouvants, tantôt insupportables. On est aux côtés de l'héroïne, qui nous conte son histoire, et on aimerait, de bout en bout, entourer ses épaules et lui dire simplement : courage...
publié dans : la bibliothèque par Val
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Commentaires

T'as gagné, je vais le relire.
commentaire n° : 1 posté par : MaB (site web) le: 12/05/2008 20:14:08
"née sur une petite île des Caraïbes, fruit de l'union "contre-nature" du fils de la propriétaire d'une plantation de canne à sucre et d'une de ses domestiques, dans les années 30"

Tiens, ça me parle, ça...
commentaire n° : 2 posté par : l'emmerdeuse (site web) le: 13/05/2008 11:13:30
Putain, tu m'avais dit que t'étais née en 73!!!!
réponse de : Val (site web) le: 14/05/2008 19:27:12
Rhôôô, l'Emmerdeuse pouvait décemment pas se taper une quiche mais là, chapeau, on est genre 1000 à la connaître et putain ça fait du bien de voir une "amie"
J'ai adoré Le Dieu des cauchemars, ah la Nouvelle-Orléans!!!! Si c'est pas déjà fait lis-le, c'est chez Joelle Losfeld
Grrrr
commentaire n° : 3 posté par : Vieux Félin (site web) le: 14/05/2008 13:36:58
J'avais lu "personnages désespérés" mais pas encore le "Dieu des cauchemars".
C'est noté!
réponse de : Val (site web) le: 14/05/2008 19:29:29
J'ajoute que j'ai été déçue par "Le Magasin des Suicides"... C'est comme une glace bien froide sur une foire un jour d'été, tout le début te fait du bien, mais la fin te coule sur le menton
Cest mon p'tit avis...
commentaire n° : 4 posté par : Vieux Félin (site web) le: 14/05/2008 14:16:45
Je donne mon avis très vite, promis, mais disons que je suis encore plus impitoyable que toi...
réponse de : Val (site web) le: 14/05/2008 19:30:24
Ok ok ok....
je viens de passer 3h30 sur ton jeu là à gauche....
commentaire n° : 5 posté par : Glory (site web) le: 14/05/2008 17:11:10
Glory, ce jeu est un passe-temps, pas une drogue!
Quoique tu serais pas la première à devenir "addict"...
réponse de : Val (site web) le: 14/05/2008 19:31:39
Nan, elle ne serait pas la première, je confirme. Il y a quelques hours, je jouais et un homme a regardé par dessus mon épaule... bien sûr, il a critiqué ma façon de jouer, alors moi je lui ai dit "ben vas-y toi banane !!".

Il y est allé. Y'a pas eu de brouette corse...
commentaire n° : 6 posté par : Frida (site web) le: 14/05/2008 20:35:56
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