Aujourd'hui ma cousine de 23 ans est venue passer la journée à la maison, accompagnée de sa co-locataire du même âge. C'est toujours un
plaisir de les voir, d'une part parce qu'elles sont excessivement sympas, drôles et intelligentes, mais aussi parce qu'elles sont simples et directes. Cash, comme on dit.
A des années lumières des groupies de la TV réalité et autres belettes formatées moulées dans des slim fit tellement slim qu'elles doivent faire un choix entre respirer et manger.
On a discuté de tout et de rien, de leurs études plus ou moins bien engagées (mais plutôt bien que mal, je vous rassure), des mecs (pour ma cousine) et des filles (pour sa coloc) qui leur trottent dans la tête et dans le coeur, ma meuf s'est fait un plaisir de leur faire une démo de GTA4, et on s'est goinfrées de brochettes et de fondant au chocolat. En un mot on a passé un excellent moment.
Et puis, en les observant, hilares devant la télé, j'ai réalisé à quel point elles sont au début de tout. Rien n'est encore coulé dans le béton pour elles, au plan professionnel comme au plan personnel. Elles respirent la vie et l'espoir par tous les pores, et l'avenir est un tapis rouge qui se déroule chaque matin devant leurs pieds.
Et mon avenir à moi?
Putain, quand je pense que seulement 9 ans nous séparent, je me rends compte à quel point les choix faits à cet âge conditionnent leur existence de demain.
Elles ne le savent pas encore, même si elles s'en doutent...
Je regarde ma vie et je me demande si j'ai encore des choix à faire.
Je suis devenue fonctionnaire parce qu'en fac je suis tombée raide dingue de ma chargée de travaux dirigés en droit consstitutionnel... J'ai voulu l'impressionner en explosant les scores dans sa matière, et j'ai réussi! Le problème c'est qu'elle n'est pas tombée amoureuse de moi pour autant, par contre j'ai mis le cap sur le droit public pour de bon.
Si je ne l'avais pas croisée sur ma route je serais peut-être magistrate, comme je le souhaitais au départ, ou agent immo, comme la plupart de ceux qui calent avant la licence. Allez savoir...
Et si ma correspondante allemande en troisième ne m'avait pas si bien initiée à la langue...de Goethe, est-ce que j'aurais autant craqué pour des brunes toute ma vie?!
J'ai toujours eu l'impression d' avancer, et en même temps de ne pas toujours être là où je devais être. Comme si il y avait eu un malentendu à un moment donné, comme si j'étais montée trop vite ou trop tard dans un train qui n'était pas le mien.
Avant que je rencontre mon Emmerdeuse ces angoisses me mettaient la rate au court-bouillon et je me disais que j'avais tout foiré, même si les apparences pouvaient laisser penser le contraire. Malentendu, je vous dis.
Et puis je l'ai rencontrée et l'ampoule que j'avais au plafond s'est doucement éclairée.
Je me torture moins parce que je suis bien avec elle, je suis à ma place à ses côtés et, comme je lui dis souvent, quand mes journées sont pénibles je tiens bon en pensant que le soir je rentrerai au port, entre ses bras. Une sorte de crique de sable blanc et chaud qui me met à l'abri des tempêtes.
Oui mais voilà, je dois bien lever l'ancre tous les matins et repartir affronter les éléments. J'ai fait des choix dans ma vie qui m'ont menée où je suis, et qui ont fait de moi une adulte. Parfois je l'avoue, j'aimerais revenir en arrière, avant le temps des "responsabilités". A l'âge de ma cousine ou presque, par souci d'indépendance j'avais quitté ma belle province pour Paris, j'avais un boulot "sérieux" ou j'encadrais des gens qui avaient 2 fois mon âge et je montais mon dossier de prêt à la banque pour acheter mon premier appart'.

Et depuis j'ai l'impression d'avoir couru sans jamais lever le pied pour tenir la cadence. On me dira peut-être que "la cadence" n'est ni plus ni moins qu'un train de vie, et que je suis responsable de mon embourgeoisement manifeste.
C'est vrai. Mais mon confort "petit-bourgeois" je m'en accommode très bien, parce que je sais ce que c'est d'avoir beaucoup moins, et que je n'ai pas envie de prendre l'ascenseur social dans le sens de la descente.
Non, la cadence pour moi c'est ce rythme quotidien infernal qui vous bouffe vos journées et vous rend esclave de votre agenda. Ce sont ces fameuses "responsabilités" qui vous grignottent de l'intérieur : le boulot à rendre, les collègues à encadrer, les transports qui vous mangent deux heures par jour, votre physique que vous entretenez tant bien que mal de peur de la déchéance (c'est un vrai souci pour moi, ne vous marrez pas!), les courses, les traites, les factures, le conseil syndical, la fête de l'école à laquelle vous irez malgré votre réticence quasi reptilienne, etc. J'ai l'impression, non, la conviction, que ma vie est une route rectiligne sur laquelle on me demande de rouler toujours plus vite, alors que moi je n'ai qu'un souhait, m'arrêter sur le bord de la route et regarder le paysage. A MON rythme.
Je ne veux pas tout envoyer péter, parce que j'ai ces fameuses responsabilités qui n'engagent plus seulement ma pomme, mais je veux retrouver de la liberté. De l'air.
Je veux pouvoir encore choisir, et pas seulement subir.
Je vais continuer à aller au bureau tous les matins et à faire consciencieusement quelquechose qui ne m'intéresse pas, mais je vais travailler à mon changement de cap.
Je veux retrouver un souffle, un élan.
Quand ma cousine et son amie sont parties j'ai attrapé le portable et j'ai tapé une page de ma prochaine nouvelle, d'un jet.
Je veux écrire pour être lue.
Je veux écrire surtout pour être libre.
Parce que si l'écriture ne suffit pas à subvenir aux besoins de ma famille, elle devrait suffire à apporter la paix à mon esprit tourmenté.
Fin du chapitre...
A des années lumières des groupies de la TV réalité et autres belettes formatées moulées dans des slim fit tellement slim qu'elles doivent faire un choix entre respirer et manger.
On a discuté de tout et de rien, de leurs études plus ou moins bien engagées (mais plutôt bien que mal, je vous rassure), des mecs (pour ma cousine) et des filles (pour sa coloc) qui leur trottent dans la tête et dans le coeur, ma meuf s'est fait un plaisir de leur faire une démo de GTA4, et on s'est goinfrées de brochettes et de fondant au chocolat. En un mot on a passé un excellent moment.
Et puis, en les observant, hilares devant la télé, j'ai réalisé à quel point elles sont au début de tout. Rien n'est encore coulé dans le béton pour elles, au plan professionnel comme au plan personnel. Elles respirent la vie et l'espoir par tous les pores, et l'avenir est un tapis rouge qui se déroule chaque matin devant leurs pieds.
Et mon avenir à moi?
Putain, quand je pense que seulement 9 ans nous séparent, je me rends compte à quel point les choix faits à cet âge conditionnent leur existence de demain.
Elles ne le savent pas encore, même si elles s'en doutent...
Je regarde ma vie et je me demande si j'ai encore des choix à faire.
Je suis devenue fonctionnaire parce qu'en fac je suis tombée raide dingue de ma chargée de travaux dirigés en droit consstitutionnel... J'ai voulu l'impressionner en explosant les scores dans sa matière, et j'ai réussi! Le problème c'est qu'elle n'est pas tombée amoureuse de moi pour autant, par contre j'ai mis le cap sur le droit public pour de bon.
Si je ne l'avais pas croisée sur ma route je serais peut-être magistrate, comme je le souhaitais au départ, ou agent immo, comme la plupart de ceux qui calent avant la licence. Allez savoir...
Et si ma correspondante allemande en troisième ne m'avait pas si bien initiée à la langue...de Goethe, est-ce que j'aurais autant craqué pour des brunes toute ma vie?!
J'ai toujours eu l'impression d' avancer, et en même temps de ne pas toujours être là où je devais être. Comme si il y avait eu un malentendu à un moment donné, comme si j'étais montée trop vite ou trop tard dans un train qui n'était pas le mien.
Avant que je rencontre mon Emmerdeuse ces angoisses me mettaient la rate au court-bouillon et je me disais que j'avais tout foiré, même si les apparences pouvaient laisser penser le contraire. Malentendu, je vous dis.
Et puis je l'ai rencontrée et l'ampoule que j'avais au plafond s'est doucement éclairée.
Je me torture moins parce que je suis bien avec elle, je suis à ma place à ses côtés et, comme je lui dis souvent, quand mes journées sont pénibles je tiens bon en pensant que le soir je rentrerai au port, entre ses bras. Une sorte de crique de sable blanc et chaud qui me met à l'abri des tempêtes.
Oui mais voilà, je dois bien lever l'ancre tous les matins et repartir affronter les éléments. J'ai fait des choix dans ma vie qui m'ont menée où je suis, et qui ont fait de moi une adulte. Parfois je l'avoue, j'aimerais revenir en arrière, avant le temps des "responsabilités". A l'âge de ma cousine ou presque, par souci d'indépendance j'avais quitté ma belle province pour Paris, j'avais un boulot "sérieux" ou j'encadrais des gens qui avaient 2 fois mon âge et je montais mon dossier de prêt à la banque pour acheter mon premier appart'.

Et depuis j'ai l'impression d'avoir couru sans jamais lever le pied pour tenir la cadence. On me dira peut-être que "la cadence" n'est ni plus ni moins qu'un train de vie, et que je suis responsable de mon embourgeoisement manifeste.
C'est vrai. Mais mon confort "petit-bourgeois" je m'en accommode très bien, parce que je sais ce que c'est d'avoir beaucoup moins, et que je n'ai pas envie de prendre l'ascenseur social dans le sens de la descente.
Non, la cadence pour moi c'est ce rythme quotidien infernal qui vous bouffe vos journées et vous rend esclave de votre agenda. Ce sont ces fameuses "responsabilités" qui vous grignottent de l'intérieur : le boulot à rendre, les collègues à encadrer, les transports qui vous mangent deux heures par jour, votre physique que vous entretenez tant bien que mal de peur de la déchéance (c'est un vrai souci pour moi, ne vous marrez pas!), les courses, les traites, les factures, le conseil syndical, la fête de l'école à laquelle vous irez malgré votre réticence quasi reptilienne, etc. J'ai l'impression, non, la conviction, que ma vie est une route rectiligne sur laquelle on me demande de rouler toujours plus vite, alors que moi je n'ai qu'un souhait, m'arrêter sur le bord de la route et regarder le paysage. A MON rythme.
Je ne veux pas tout envoyer péter, parce que j'ai ces fameuses responsabilités qui n'engagent plus seulement ma pomme, mais je veux retrouver de la liberté. De l'air.
Je veux pouvoir encore choisir, et pas seulement subir.
Je vais continuer à aller au bureau tous les matins et à faire consciencieusement quelquechose qui ne m'intéresse pas, mais je vais travailler à mon changement de cap.
Je veux retrouver un souffle, un élan.
Quand ma cousine et son amie sont parties j'ai attrapé le portable et j'ai tapé une page de ma prochaine nouvelle, d'un jet.
Je veux écrire pour être lue.
Je veux écrire surtout pour être libre.
Parce que si l'écriture ne suffit pas à subvenir aux besoins de ma famille, elle devrait suffire à apporter la paix à mon esprit tourmenté.
Fin du chapitre...

Puisqu’il fallait trouver un concept, j’ai retenu celui de l’appartement, avec ses multiples pièces correspondant à autant de thématiques.
J’aurais pu choisir les étagères d’un frigo, les pièces d’une voiture ou encore les couleurs de l’arc en ciel, mais bon, il fallait bien que je me décide. Evidemment, comme toutes les règles (ou
presque) sont faites pour être transgressées, je me réserve le droit de chambouler toute cette belle organisation et de vous parler bûche de Noêl et foie gras dans la salle de bain ou sexe
dans la cuisine.
Jean Teulé, dans Le magasin des suicides, nous décrit la vie d'une famille de branques, les Tuvache, dont la particularité est de tenir un commerce spécialisé
dans la vente d'articles destinés à permettre à ses clients de mettre fin à leurs jours.
Je vais donner une deuxième chance à cet
auteur à la bouille irrésistible ( vous vous souvenez du grand zigue un peu lunaire qui posait des questions gentilles (boules blanches) et des questions méchantes (boules rouges)
dans Nulle part ailleurs il y a quelques années? C'était lui!) et je lirai plus tard Darling, adapté l'an dernier au cinéma.
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